Olivier Chesnoy

Comment s'est développé Technoflex ?

Olivier Chesnoy : L'activité initiale d'injection plastique dans le groupe remonte à 1972. Le virage vers l'univers du packaging souple pour l'univers de la santé date, quant à lui, d'une trentaine d'années, avec la création de Technoflex par ses deux fondateurs, dans l'objectif de se positionner directement sur les poches de perfusion. Il s'agissait d'un nouveau marché en forte progression, avec le remplacement des anciens modes de perfusion en bouteilles de verre, fragiles, ou en flacons plastiques rigides et opaques. La société a alors connu un fort développement en se positionnant sur des marchés de masse (les poches simples pour solutés massiques) à l'échelle européenne.

Un modèle initial qui a montré ses limites au cours des années 2000 ?

O.C. : Oui. Positionnée principalement sur ce marché de volume, l'entreprise a dû faire face à l'émergence de concurrents low-cost qui se développaient très vite dans un contexte de réduction des dépenses de santé, initiée par la plupart des gouvernements européens. Pour rester compétitifs, il aurait fallu délocaliser la production, ce qui n'est pas du tout dans les valeurs de l'entreprise, très attachée à son ancrage local.

En 2011, vous avez été chargé de repositionner l'entreprise ?

O.C. : Dans un contexte délicat, les actionnaires historiques ont en effet décidé de faire appel à un manager extérieur pour redresser la société et redéfinir la stratégie de l'entreprise. Avec l'équipe dirigeante, j'ai rapidement fait le choix de renforcer l'entreprise sur des produits plus complexes et plus innovants, les poches pour médicaments prêts à l'emploi. Approche possible grâce à la connaissance des marchés santé de nos équipes commerciales et à l'existence d'un solide département de R&D interne, un avantage significatif de Technoflex une fois orienté sur les bonnes priorités. Concrètement, il s'agit de proposer à nos clients de l'industrie pharmaceutique des poches sur mesure, compatibles avec les traitements pré-remplis qu'elles contiendront. Nous pouvons ainsi valoriser au mieux notre connaissance des interactions entre le plastique et les contenus médicamenteux, ainsi que notre expertise réglementaire pour la constitution des dossiers d'enregistrement. L'industriel de la pharmacie peut donc se focaliser sereinement sur l'impact des molécules sur les patients. Aujourd'hui, les poches pour médicaments prêts à l'emploi représentent plus de la moitié de notre activité.

Vous êtes également passé de l'échelle européenne à l'échelle mondiale ?

O.C. : Tout à fait, nous nous sommes beaucoup développés, en particulier aux Etats-Unis qui sont à la fois le premier marché de la santé en terme de valeur et l'un des marchés les plus demandeurs de nouvelles applications. L'international représente aujourd'hui 80 % de notre chiffre d'affaires, dont 50 % aux Etats-Unis.

Qu'implique cette montée en gamme en matière d'organisation et d'investissement ?

O.C. : Nous avons surtout développé nos avantages compétitifs. Nous avons optimisé notre fonctionnement de production pour améliorer encore notre niveau de qualité, déjà reconnu par nos clients. Nous avons aussi renforcé notre équipe R&D dédiée, qui faisait déjà notre spécificité. Nous pouvons ainsi proposer des solutions à façon pour nos clients. Cette inflexion vers l'innovation nous permet également de réfléchir à une diversification de notre offre, avec de nouveaux produits à l'attention de l'industrie de la santé au sens large, et des entreprises de biotechnologies en particulier. Enfin, nous avons également étoffé notre équipe réglementaire et assurance qualité qui accompagne nos clients, tant dans l'enregistrement de leurs médicaments auprès des agences de santé que dans leur suivi pour ces mêmes autorités.

Quel rôle joue Crédit Mutuel Equity dans cette transformation ?

O.C. : Le repositionnement de l'entreprise nécessitait un effort d'investissement important que les familles fondatrices n'étaient plus en mesure d'accompagner. Une évolution du capital leur permettant de se désengager, tout en apportant une capacité supplémentaire d'investissement, devenait essentielle. J'ai donc initié un projet d'investissement-transmission, en y associant des cadres clés et en s'appuyant sur un investisseur de référence. Je me suis tourné vers Crédit Mutuel Equity (ex CM-CIC Investissement), alors actionnaire minoritaire de Technoflex, qui connaissait très bien l'entreprise et adhérait à notre stratégie. Outre son ancrage local, très important pour nous, il s'agit également de l'un des rares investisseurs prêt à s'inscrire dans le long terme. Ce qui est fondamental dans un secteur d'activité où la mise sur le marché d'un nouveau produit peut prendre 5 à 10 ans.

  • 35 M€
    de Chiffre d'affaires
  • 80%
    du Chiffre d'affaires à l'international
  • 277
    collaborateurs