Cécile Réal, PDG d'Endodiag

Transformation technologique

L'endométriose touche aujourd'hui 1 femme sur 10 mais reste mal connue. De quoi s'agit->il ?

L'endométriose est une pathologie qui touche les femmes en âge de procréer. Elle est causée par du tissu semblable à l'endomètre, tissu tapissant l'utérus, qui se développe hors de l'utérus et provoque des lésions, des adhérences et des kystes dans les organes colonisés (ovaires, vessie, colon, intestin), ces lésions et kystes étant extrêmement douloureux et très invalidants, en particulier au moment des règles. 40% des femmes concernées par cette pathologie souffrent également de graves problèmes d'infertilité. À ce jour, il n'existe pas de traitement définitif et seul un diagnostic précoce permettrait de limiter l'impact de cette maladie évolutive. Or, aujourd'hui, on estime que l'endométriose n'est diagnostiquée que 7 à 9 ans après l'apparition des premiers symptômes.

40% des femmes concernées souffrent d'infertilité

Pourquoi ce diagnostic est-il si tardif ?

La maladie reste mal connue du grand public comme des professionnels de santé. Les symptômes de l'endométriose (maux de ventre, infertilité) sont communs à de nombreuses pathologies. Il n'existe pas de tests simples pour détecter cette maladie qui peut prendre de nombreuses formes. L'imagerie médicale peut repérer une anomalie, mais seule une opération chirurgicale permet de confirmer qu'il s'agit bien d'une endométriose.

Et c'est donc sur cette phase de diagnostic que travaille Endodiag...

Oui. Il y a une dizaine d'années, en échangeant avec des proches touchées par la maladie, j'ai mesuré à quel point leur vie était éprouvante, aussi bien physiquement que psychologiquement, en raison de cette errance diagnostic, mais aussi de l'incompréhension de leur entourage familial et professionnel. J'ai alors fait la connaissance de mes futurs associés, des professionnels de santé qui menaient des travaux de recherche sur la compréhension de la maladie. Ensemble nous avons créé Endodiag avec la conviction qu'un diagnostic plus rapide et plus précis de la maladie pourrait changer la vie des patientes.

Où en êtes-vous dans vos recherches ?

Après une longue phase de recherche exploratoire basée sur les rares travaux préliminaires de scientifiques, puis l'analyse d'échantillons de patientes du monde entier, nous avons pu travailler sur différentes hypothèses et développer de nouvelles pistes de diagnostics sur les biomarqueurs sanguins notamment. En 2018, nous avons lancé une étude clinique mondiale pour valider ces hypothèses à grande échelle. La crise du Covid 19 va nous faire prendre un peu de retard car les essais cliniques ne concernant pas des pathologies graves ont été mis en pause partout dans le monde. Toutefois nous disposons à ce jour d'assez de données pour entamer la phase d'industrialisation et d'homologation réglementaire des tests cette année, avec pour objectif une commercialisation fin 2021.

La dimension internationale est un paramètre à prendre en compte le plus tôt possible

Avec le recul, quels sont les principaux points de vigilance pour mener un tel projet à bien ?

Dans un projet aussi compliqué et aussi long, la mixité des compétences et la capacité à les faire entrer dans l'aventure au bon moment est un facteur-clé. C'est aussi valable pour nos partenaires financiers. La dimension internationale est également un paramètre à prendre en compte le plus tôt possible, en nouant des collaborations cliniques et scientifiques.

Endodiag en bref

  • 2011
    création d'Endodiag
  • 20
    collaborateurs
  • 2018
    lancement d'une étude clinique mondiale sur 1000 patientes

Endodiag a été créée il y a 10 ans par 4 associés aux profils complémentaires : Cécile Réal, ingénieure biomédicale et entrepreneuse, Jean Bouquet de Jolinière, chirurgien gynéco-obstétricien, Jean Gogusev, anatomo-pathologiste et Patrick Henri, business developper spécialisé dans les biotechnologies.

Accompagnée par des investisseurs privés, dont Crédit Mutuel Innovation, la start-up bénéficie également du soutien des pouvoirs publics. L'importance de ses travaux de recherche sur de nouvelles méthodes de diagnostic de l'endométriose lui a valu en 2017 d'obtenir un financement significatif de la Commission Européenne (H2020-SME Instrument).